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Cette histoire relève autant de l’emploi des effectifs que du comique à l’occasion d’une intervention faite dans l’énervement et l’incohérence, pour tout dire dans le désordre. En arrivant prendre mon service à 23 h 30, je remarque une agitation anormale
et bruyante dans la rue de Grenelle, pratiquement à la porte du poste central. Plus je
m’approche, plus il y a de tumulte. C’était l’époque où l’Urss et la Chine ne cessaient
d’avoir des incidents de frontière et un groupe important d’étudiants chinois en stage
en France étaient venus manifester devant l’ambassade. Ils avaient profité d’une
visite officielle, peut-être celle de Khrouchtchev, je n’en suis pas sûr, pour faire leur
démonstration. Incident classique dans le 7e où se trouve un grand nombre d’ambassades. Ce
qui est moins courant et plutôt curieux, ce sont les procédés des manifestants chinois
: pas de pavés, pas de banderoles, pas de cocktail-molotov.
ils étaient tous, garçons et filles, solidement cramponnés coude à coude et formaient
une chaîne aux maillons indécrochables, de telle sorte qu’un manifestant tiré
par un membre du service d’ordre en entraînait une dizaine avec lui. Le comique, ce fut l’embarquement dans les cars pour leur transfert dans un
centre de détention. Un gardien, monté dans le car tirait à lui le premier maillon
d’une chaîne qui entraînait une dizaine d’autres avec lui. Un autre gardien, resté sur
le trottoir poussait pour accélérer la montée par la portière de droite. Le premier gardien
étant descendu pour aider son collègue à pousser, le premier Chinois ouvrait la
porte de gauche et descendait sur la chaussée suivi de toute la chaîne, soulageant les
policiers qui ne voyaient pas leurs prisonniers ressortir des cars. il y avait trois véhicules
où les mêmes scènes se reproduisaient. Le désordre, c’est encore l’insuffisance
de formation de mes anciens concernant l’emploi des effectifs, qui l’organisa cette
nuit-là. Au fur et à mesure de l’arrivée des gardiens de nuit, l’officier de la brigade
descendante les utilisait pour l’accompagnement des transferts des Chinois, de telle
sorte qu’à l’appel de la brigade “N”, il n’y avait plus personne. Comme il n’avait fait
relever ni les noms, ni les destinations, il ne me restait plus qu’à les rechercher. C’est
presque deux heures après que je pouvais reconstituer mon équipe. J’appris ensuite
que mon ancien avait reçu des félicitations pour les judicieuses mesures prises au
cours de la manifestation. |
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